Témoignage

C’est l’histoire d’une prise de conscience. D’un mûrissement sur 10 ans au moins, peut-être davantage…
Nous parents, Eric et Virginie, sommes de parfaits exemples de réussite scolaire. Souvent premiers de la classe, diplômés d’une des plus grandes écoles d’ingénieurs française, nous sommes entrés dans le monde du travail avec des portes grandes ouvertes pour « faire carrière ». 

Devenus parents, une exigence primordiale s’impose à nous : nous devons offrir le meilleur à nos enfants pour qu’ils deviennent des adultes solides et équilibrés. 

Réfléchir à ce qu’il y a de meilleur, c’est remettre en question une à une nos croyances personnelles. 

Toujours tournés vers l’abstraction, nous avons oublié de rester connectés à notre nature profonde, au monde concrêt et au savoir-faire de nos aînés. Nous entamons alors un travail sur nous et sur notre vie de famille pour apporter cela à nos chers enfants. S’en suit progressivement une remise en question du cadre qui heurte parfois nos valeurs. Progressivement mais lentement aussi, car notre nature profonde, nos vraies aspirations sont profondément enfouies sous des croyances solides héritées de notre éducation. Quelle énergie pour recontacter notre vraie nature, notre singularité ! Aujourd’hui nous en sommes là : 

Le meilleur que nous puissions offrir à nos enfant, c’est de leur consacrer notre temps. Plutôt que d’aller travailler et de les confier à des professeurs qui s’occupent de troupeaux d’élèves à l’école, à des animateurs du périscolaire, nous avons fait le choix de ralentir notre vie pour s’adapter au rythme d’un enfant qui apprend l’autonomie. 

Nos trois premiers enfants sont grands, et déjà habitués à l’école. Ce n’est pas idéal, mais nous apportons du mieux que nous pouvons un complément nonViolent et épanouissant au delà de l’école. Avec notre dernière, Lucie, c’est l’occasion de démarrer à neuf, et c’est l’heure de la mise en pratique. Virginie arrête de travailler, on se documente encore plus et on se forme sur l’accompagnement du jeune enfant, on réorganise la maison, les jeux, les occupations, le jardin… La vie à la maison tourne désormais autour du triptyque autonomie – confiance – responsabilisation. Et nous faisons le choix d’une pédagogie alternative pour Lucie. Pour qu’elle bénéficie de notre retour d’expérience, de notre remise en question. 

Lucie a bientôt trois ans. Nous voici à l’heure de choisir l’Instruction En Famille. Et c’est là que le conte de fée tourne au cauchemar, sous l’effet d’une loi qui se débat, qui s’écrit, qui s’adopte dans les hautes sphères de la République coupées de notre monde. Cette loi appliquée pour la première fois, et de manière ultra-stricte et injuste par le rectorat dont nous dépendons, qui refuse de nous accorder le droit que nous réclamons : offrir ce que nous croyons dur comme fer être le meilleur à notre fille. 

Aujourd’hui, nous réclamons simplement le droit d’offrir tout notre amour à notre enfant ! 

Le rectorat nous le refuse. A grand coup de recours, en creusant l’historique de la loi et de son application, nous ouvrons les yeux sur hypocrisie qui règne au sein de nos institutions. Nous les pensions maladroites, nous les trouvons malades et perdons confiance. Mais nous refusons de laisser disparaître cette liberté d’instruire notre enfant sans réagir. 

A l’aube de la rentrée scolaire, nous trouvons une force inouïe en nous. Nous avons poussé les portes du tribunal administratif et obtenu le 30 août la suspension de la décision du rectorat. Lucie n’ira pas à l’école en septembre, et nous en avons payé le prix : six mois de travail acharné pour décortiquer le programme de l’éducation nationale, les lois et les jurisprudences, un été gâché. Que se serait-il passé si cette suspension n’avait pas été prononcée ? Cette même force nous aurait probablement poussée à désobéir, pour la première fois, à la loi de notre cher pays des Droits de l’Homme. Nos libertés sont trop chèrement acquises pour qu’on les laisse bafouer au prétexte d’un amalgame douteux entre instruction en famille et terrorisme. Nous soutenons les familles qui risquent des sanctions, et nous le clamerons haut et fort pour défendre la liberté de tous les français à ce droit historique qu’est l’instruction en famille. 

« Et par le pouvoir d’un mot Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître Pour te nommer 

Liberté. » (Paul Eluard) 

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